Digitalisation : entre transparence et vie privée faut-il choisir?

04 février 2021
Cybersécurité

En quelques années, la transparence est devenue le nouveau discours des politiques, des entreprises et la nouvelle volonté des Français. Vie publique, paradis fiscaux, composition des produits, gestion des données… peu de domaines sont épargnés. Cependant, peut-on réellement garantir la vie privée des individus dans un monde où tout devient motif de transparence ? 

Levons le voile 

     Cette volonté de transparence vient tout d’abord de l’opacité omniprésente qui peut exister autour de nous. Scandales alimentaires quand on découvre que de la viande de boeuf a été remplacé par de la viande de cheval. Scandale sanitaire quand on découvre que la composition de médicaments est modifiée pour être plus rentable. Scandale politique quand on découvre un système d’emplois fictifs. Scandale financier quand on découvre les dessous des paradis fiscaux. Autant de raisons qui exaspèrent les citoyens, les consommateurs et qui réclament largement de la transparence. 

L’utilisation des technologies ainsi que des réseaux sociaux sont une aubaine pour mettre en lumière et élever l’opinion publique sur des sujets encore obscurs et répondre à cette demande. La blockchain promet une transparence totale, une absence de tout intermédiaire et une sécurité absolue des données (supprimant par exemple les intermédiaires frauduleux). Les réseaux sociaux, avec leur puissance numérique en temps réel, sont utilisés pour avoir un impact immédiat, majeur et planétaire aux conséquences parfois importantes. L’intelligence artificielle permet d’identifier les brebis galeuses parmi un volume gigantesque de données, une aubaine pour les services publics qui peuvent prouver qu’ils agissent avec les outils de leur temps.

Il ne va pas sans dire: les consommateurs ont gagné le début de leur bataille. La transparence est devenue un réel sujet forçant entreprises et gouvernements à revoir leur copie pour satisfaire cette volonté grandissante. Oui, mais à quel prix? N’a-t-on jamais réellement pensé que ces principes que l’on impose à ces géants qui nous entourent, ne pourraient pas aussi nous être imposés à notre insu?  

L’effet miroir : je te donne tu me donneras

     L’enjeu de l’utilisation des nouvelles technologies dans la quête à la transparence est énorme. Les citoyens réclament de la transparence dans la vie publique, dans ce cas les ministres affichent leur revenus publiquement. Mais parallèlement le ministère des Finances analyse les contenus des réseaux sociaux pour déceler les fraudeurs fiscaux, ou encore Google Maps pour traquer les piscines et dépendances non déclarées. Les consommateurs veulent comprendre les augmentations de leur cotisation d’assurance, alors un “boîtier intelligent”, analysant le comportement du conducteur est mis en place et sa cotisation réduite s’il est “bon conducteur”: des économies pour plus de transparence. 

C’est précisément là que l’on commence à identifier les conséquences pour le citoyen. Que se passera-t-il le jour où l‘on refusera le boîtier intelligent, serons-nous toujours assuré? Qui devient propriétaire des données collectées par ce fameux boitier? Le constructeur chinois ou américain ? L’assureur? A l’heure de l’explosion des objets connectés et de leur collecte massive de données, la gouvernance des données ne peut-elle pas mettre en péril nos démocraties? 

La Chine est très critiquée par son système de notation et son système de surveillance des citoyens via les nouvelles technologies, mais si elle se permet d’être aussi intrusive avec ses propres citoyens en devenant même une dictature digitale, pourquoi ne le serait-elle pas avec les données étrangères récupérées de ses industriels? La pandémie que nous vivons actuellement relance les débats sur notre vie privée, notamment avec l'application StopCovid qui fait beaucoup parler d'elle et sur l'utilisation de nos données personnelles. Sommes-nous prêts à basculer dans cette société ultra digitalisée? 

En résumé, en cherchant de la transparence dans notre quotidien, nous avons encouragé un système de surveillance qui pour le moment se veut encore assez “bienveillant”. Pour autant, rien ne dit que cette crise sanitaire ne déclenchera pas une guerre technologique, dans laquelle nous regretterons notre quête de transparence. Il est certain que la digitalisation et la mondialisation ont apporté beaucoup de choses positives à notre quotidien ces dernières années, mais elle a aussi ouvert une porte à des aspirations sans limites dans un monde où les frontières sont de plus en plus floues. Sommes-nous en train d’entrer dans une nouvelle ère? 

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Nosing DOEUK
Nosing DOEUK
Directeur d’Unité, Directeur de l'Expertise Innovation et Technologies

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Charlotte GRIVOT
Offer Manager - Innovation, Technologies, Green IT