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Lutte contre la fraude 2026 : L’IA au service de l’état

Services publics
28 avril 2026

Face à l'urgence budgétaire de 2026, la lutte contre la fraude fiscale et sociale devient une priorité régalienne. Pour sécuriser les recettes publiques, l’administration mise sur une rupture technologique : l'intelligence artificielle souveraine. Du data mining au Graph Computing, découvrez comment l’exploitation massive de la donnée et l'interopérabilité des services transforment le contrôle fiscal.

Un paysage de la fraude en pleine mutation : entre urgence budgétaire et nouveaux modes opératoires

L’état des lieux dressé par la Cour des comptes souligne une persistance préoccupante des pratiques frauduleuses, tant sur le volet fiscal (Cour des comptes, 2025) que sur celui des prestations sociales (Cour des comptes, 2020). L’actualité récente regorge de cas emblématiques illustrant la diversité des détournements : fraudes massives aux aides COVID par des entreprises et professionnels de santé, escroqueries aux subventions de rénovation énergétique ou encore carrousels de TVA (Sénat, 2022). Ces pertes de recettes sont d'autant plus critiques que la TVA finance une part substantielle de notre protection sociale. Dans ce contexte, la lutte contre la fraude est devenue un levier indispensable pour la maîtrise de l'Objectif National de Dépenses d'Assurance Maladie (ONDAM) et le retour à l'équilibre de la CNAM, comme le rappellent les récents travaux parlementaires sur l'efficacité des contrôles (Sénat, 2025).

Pour répondre à ces enjeux, l'arsenal législatif s'est considérablement renforcé. Après les prémices posées par le projet de loi de 2025 (Vie Publique, 2025) et des mesures ciblées contre la fraude bancaire (Loi du 6 novembre 2025), le nouveau projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales de 2026 marque une étape décisive pour outiller la détection et le recouvrement (France Info, 2026). Toutefois, un paradoxe subsiste : malgré ces ambitions politiques affichées, le manque de moyens humains et techniques sur le terrain freine encore les résultats escomptés, expliquant pourquoi la lutte contre la fraude fiscale semble parfois piétiner face à la sophistication croissante des fraudeurs (Décideurs Juridiques, 2025).

Les piliers de la résilience : sécuriser la donnée et réaffirmer le pacte républicain

Les enjeux de la lutte contre la fraude s'articulent autour du triptyque défini dès le projet de loi de 2025 : mieux prévenir et détecter, mieux lutter et sanctionner, et enfin mieux recouvrer (Vie Publique, 2025). Sur le plan numérique, cette ambition repose sur une gestion rigoureuse de la donnée (qualité et actualisation) et une exploitation profonde via le data mining. L'interopérabilité des services est également cruciale pour croiser les informations et détecter les contradictions, tout comme la sécurisation de l'identité via la carte Vitale biométrique ou l'identité numérique. Cependant, cette numérisation accroît la vulnérabilité aux cyberattaques, qui visent de plus en plus les acteurs publics. Le bilan de l'ANSSI pour 2025 révèle ainsi une augmentation de 33 % des menaces contre le secteur public, illustrée par le piratage massif du fichier Ficoba de la DGFiP, ayant exposé les données d'1,2 million de titulaires (France Info, 2025).
Sur le plan politique et éthique, la lutte contre la fraude doit concilier l'efficacité des contrôles avec le respect des libertés individuelles et du RGPD, afin d'éviter l'écueil d'une surveillance généralisée de type « Big Brother ». Pour autant, cette protection ne doit pas fragiliser le pacte républicain : le principe du « fraudeur-payeur » reste essentiel pour garantir la responsabilité de chacun envers les fonds publics. L'enjeu dépasse les frontières nationales, notamment pour contrer l'évasion fiscale ou la fraude aux versements de retraites à l'étranger, imposant une coopération européenne renforcée. Cela se traduit par des chantiers d'envergure comme la généralisation de la facturation électronique, visant à sécuriser les flux commerciaux à l'échelle de l'Union afin de renforcer la lutte contre la fraude à la TVA (CCI, 2026). Enfin, la souveraineté des outils d'analyse et de contrôle demeure une priorité pour garantir l'indépendance de l'État dans ses missions régaliennes de recouvrement.

L'intelligence artificielle au service de la souveraineté : du renseignement fiscal à la détection prédictive

L'intelligence artificielle s'impose désormais comme le nouveau bras armé des administrations fiscales, avec des résultats concrets chez nos voisins européens. Au Royaume-Uni, l'utilisation d'outils d'IA par le bureau du Premier ministre a permis de récupérer un demi-milliard d’euros en une seule année en ciblant plusieurs types de fraudes : les fraudes liées au COVID‑19, notamment les prêts à rebonds (prêts d’urgence attribués aux entreprises en difficulté pouvant atteindre 50 000 €) obtenus indûment, les fraudes à la taxe d’habitation, avec plus de 37 000 personnes ayant bénéficié à tort d’exemptions ou de réductions, ainsi que les fraudes au logement social, incluant la sous‑location illégale de logements sociaux. Ces résultats illustrent l'efficacité de ces technologies pour identifier des schémas de fraude jusque-là indécelables (Acteurs Publics, 2024). Cette révolution technologique permet de détecter des « signaux faibles » (des anomalies comportementales ou des micro-variations de données) dont l'analyse était techniquement impossible auparavant. Cependant, cette puissance impose une vigilance éthique stricte pour garantir une utilisation responsable, évitant les biais algorithmiques ou les discriminations, tout en assurant une protection absolue des données à caractère personnel (DCP) face à la sensibilité des informations traitées.

En France, l'exploitation de l'IA franchit une étape historique avec le passage du simple « Score » de risque au « Graphe ». Grâce au Graph Computing, l'administration ne se contente plus de noter un dossier, mais visualise en temps réel les réseaux d'influence et les structures de sociétés écrans, transformant le contrôle fiscal en une véritable enquête de cyber-renseignement. Pour soutenir cette ambition, l'hexagone mise sur une IA « souveraine » en mutualisant ses infrastructures critiques. En 2025 et 2026, l'enjeu majeur est l'utilisation des supercalculateurs de l'AMIAD (Agence ministérielle de l'IA de défense) : cette synergie permet à Bercy ou à la CNAM d'entraîner des modèles de langage (LLM) sur des données ultra-sensibles, garantissant ainsi que le traitement de la fraude reste sous contrôle national, sans dépendance vis-à-vis des solutions de cloud étrangères (Ministère des Armées / AMIAD, 2025).

La lutte contre la fraude s’impose comme un levier décisif pour restaurer l’équilibre des finances publiques et renforcer la justice sociale. Portée par un cadre législatif renouvelé et par l’essor de l’intelligence artificielle, elle entre dans une phase de transformation profonde où la détection devient plus ciblée, plus prédictive et plus souveraine. Reste à garantir les moyens humains, la sécurité des données et l’équilibre entre efficacité et libertés publiques pour que cette modernisation serve pleinement le pacte républicain.

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Mathieu Marche
Senior Partner - Directeur de l'Offre Services Publics

L’Etat s’est engagé dans un vaste chantier de modernisation de ses services aux usagers et d'amélioration de la relation citoyen/administration. C’est dans ce cadre que mc2i, fort de ses expériences acquises dans le Digital, a souhaité capitaliser sur ses expériences avec une offre dédiée au Secteur Public.

Cléa DESITTER
Cléa DESITTER
Consultante Confirmée