Décryptage PPE : les gagnants et perdants de cette loi
Dans un contexte de transition énergétique accélérée, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) oriente les choix stratégiques du secteur énergétique français. Sa troisième version, la PPE3, redéfinit les priorités entre les différentes filières. On peut alors s’interroger sur la mesure dans laquelle elle constitue un tournant stratégique en favorisant certaines énergies tout en fragilisant la place d’autres.
La PPE3 : une nouvelle trajectoire énergétique pour la France
La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée le 13 février 2026, confirme la direction prise par la France depuis plusieurs années : une volonté de réduire la dépendance aux énergies fossiles, renforcer sa souveraineté énergétique, dû à un contexte géopolitique instable, ainsi qu’une accélération de la décarbonation avec pour objectif de consommer moins. Dans ce sens, produire et consommer davantage d’électricité décarbonée, c’est-à-dire du nucléaire, de l’hydraulique, de l’éolien, du solaire ou encore de la géothermie.
Elle réaffirme le rôle central d’un mix électrique bas‑carbone, combinant nucléaire et renouvelables comme socle de la transition énergétique. L’objectif étant d’atteindre la neutralité carbone du pays d’ici 2050, objectif découlant de l’Accord de Paris.
La PPE s’inscrit désormais dans un contexte international en mutation rapide. Les évolutions récentes, notamment la guerre en Ukraine, les tensions sur les approvisionnements en gaz naturel en provenance de Russie, l’instabilité accrue dans les échanges internationaux d’énergie, ont profondément modifié les conditions de sécurité énergétique dans lesquelles la France élabore sa stratégie nationale. Par ailleurs, la PPE intègre la nécessité de s’adapter aux fluctuations du cadre géopolitique mondial, dans lequel les pays doivent composer avec des incertitudes nouvelles. Elle comprend ainsi des clauses de révision pour ajuster les trajectoires en fonction de l’évolution des besoins et du contexte international.
Dans ce contexte, la PPE3 a été élaborée suite à une concertation, s’inscrivant dans une logique participative de la société civile, notamment grâce à des processus de consultation publique. L’objectif central affirmé dans la PPE3 est de fournir une boussole stratégique fondée sur la souveraineté énergétique, la décarbonation et la planification, en cohérence avec la Stratégie Française pour l’Énergie et le Climat (SFEC) et avec les engagements de neutralité carbone à horizon 2050.
Une recomposition du paysage énergétique
De ce texte structurant, deux objectifs sont donc clairement formulés, et certains moyens pour les mettre en œuvre ressortent particulièrement :
- Le nucléaire comme pilier du mix énergétique avec la prolongation du parc existant, contenant 57 réacteurs nucléaires, et l’annonce de la construction de six nouveaux EPR2 d’ici 2038;
- Le développement massif des énergies renouvelables de la filière électrique constitue également un axe majeur. Il repose notamment sur une montée en puissance de l’hydroélectricité, qui représente la deuxième source d’électricité dite “propre” après le nucléaire, ainsi que sur le développement de l’éolien en mer dont la production doit être multipliée par 31 d’ici 2035. Par ailleurs, la filière gazière connaît elle aussi une dynamique de développement, avec une ambition confirmée concernant le biométhane : 47 à 82 TWh injecté en 2035, contre 9 TWh en 2023, ce qui constitue un signal stratégique fort pour la décarbonation des territoires;
- Enfin l’électrification des usages comme levier prioritaire, en particulier dans le bâtiment, soutenant ainsi une baisse structurelle de la consommation d’énergies fossiles.
En parallèle, cette nouvelle feuille de route acte la réduction progressive de la place des énergies fossiles dans le mix énergétique français, en particulier du pétrole et du gaz naturel. Concrètement, le mix actuel étant composé à 60% d’énergies fossiles, il devra, d’ici 2035, être à 60 % d’énergies renouvelables.
De son côté, le gaz reste présent, mais son utilité repose désormais sur sa capacité à se verdir, à être produit localement, et à soutenir la flexibilité énergétique. Côté pétrole, l’objectif, annoncé par le Président de la République, de sortie énergétique d’ici 2045 et la baisse rapide des volumes attendue à l'horizon de 2030–2035 mettent sous tension le raffinage et la chaîne logistique. Dans le photovoltaïque, l’ambition 2030 est recalée à 48 GW et placée sous clause de revoyure en 2027, avec un soutien plafonné jusqu’en 2028 : les développeurs restent exposés à la demande réelle, aux réseaux et aux coûts. Enfin, la géothermie, et plus largement la chaleur, doit monter en cadence très vite ; le goulot d’étranglement capacitaire autour des forages, compétences et du financement seront décisifs pour tenir les volumes 2030–2035.
Cette recomposition demande une massification rapide des capacités industrielles (parcs éoliens, production de composants, filière nucléaire), une montée en puissance des chaînes d’approvisionnement, une adaptation des réseaux d’énergie pour accueillir des volumes croissants d’électricité et de gaz verts, ce qui soulève un certain nombre d’interrogations au sein de l’opinion publique.
Une recomposition du paysage énergétique
Si la PPE3 fixe une ambition forte, sa mise en œuvre est confrontée à plusieurs défis, dont celui de la contrainte budgétaire. Le financement des infrastructures, qu’il s’agisse du nucléaire, des énergies renouvelables ou de l’adaptation des réseaux, constitue un enjeu déterminant.
La PPE3 reconnaît d’ailleurs explicitement que l’atteinte des objectifs dépendra de l’effort budgétaire national.
Un autre défi majeur concerne la capacité de l’industrie française à soutenir les cadences prévues. Certaines filières, comme le photovoltaïque ou l’éolien en mer, ne disposent pas encore de capacités industrielles suffisantes pour répondre seules au rythme d’accélération attendu : la France reste fortement dépendante des importations, en particulier pour les composants photovoltaïques clés. La montée en compétence de filières encore jeunes (gaz renouvelables, nouveaux gaz) et l’acceptabilité locale des projets, qu’il s’agisse de méthanisation, d’éolien ou de photovoltaïque, constituent également des paramètres structurants.
La trajectoire de la PPE3 repose par ailleurs sur un facteur fortement incertain : l’évolution de la demande électrique. Malgré une production abondante et très faiblement carbonée, la consommation intérieure stagne, créant un décalage entre les ambitions d’électrification et les usages réels. Les comportements de consommation demeurent sensibles aux prix de l’électricité, ce qui renforce cette incertitude.
Enfin, la présence d’une clause de revoyure dès 2027, en cohérence avec le calendrier politique national, introduit un degré supplémentaire d’incertitude quant à la stabilité des orientations stratégiques.
La PPE3 marque un véritable tournant stratégique en définissant les priorités du système énergétique français. Elle consacre une relance massive du nucléaire, présenté comme pilier central de la souveraineté énergétique et moteur principal de l’électrification à horizon 2035, tandis que les énergies renouvelables font l’objet d’une hiérarchisation plus marquée, avec une accélération de certaines filières.
Dans le même temps, d’autres secteurs apparaissent plus fragilisés ou demeurent dans une zone d’incertitude, comme l’hydroélectricité ou certaines filières émergentes , notamment les gaz renouvelables et la géothermie, dont le développement reste conditionné à la montée en puissance des capacités industrielles et aux dynamiques d’investissement.
Ainsi, la PPE3 trace un cap où quelques filières deviennent clairement les moteurs de la transition, tandis que d’autres, jugées stratégiques mais encore insuffisamment matures ou performantes, sont reléguées dans un horizon plus incertain, dépendant de futures révisions et des arbitrages budgétaires à venir.
Le sujet vous intéresse ? Nos experts vous répondent
Dans un contexte de transformation énergétique et réglementaire, les acteurs du secteur font face à de nombreux bouleversements, l’occasion de réinventer les modèles du secteur. Nous accompagnons nos clients dans leurs transformations numériques et dans leurs problématiques métiers pour en faire des leviers de performance, tout en alignant innovation et réalité opérationnelle.
Forts de nos multiples expériences, nous aidons les acteurs du secteur des Énergies et des Utilities à déployer des plans d’action concrets - refonte de SI, nouveaux services, business models innovants. En France comme en Belgique, notre expertise allie audace et pragmatisme pour des résultats mesurables.