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Bilan COP 30 : Quel impact pour la transformation durable ?

La COP 30 de Belém devait acter la sortie des énergies fossiles et accélérer la transformation durable. Entre financements insuffisants et manque de contraintes réglementaires, le bilan s'avère décevant. Décryptage des conséquences de ce sommet pour la gouvernance climat des entreprises et le pilotage de leur trajectoire bas-carbone.

30 janvier 2026
Energie

Des enjeux majeurs face à une urgence climatique grandissante

La COP 30 s’annonçait comme un moment décisif. Malgré dix ans d’efforts depuis l’Accord de Paris, les rapports publiés par l’ONU rappellent une réalité difficile à contourner : la trajectoire actuelle ne permet pas de limiter le réchauffement à 1,5°C.Il fallait ainsi passer à des mesures concrètes, visibles. Dix ans après la COP21, une question subsiste : où en est-on réellement?

Parmi les attentes centrales figurait la volonté de faire basculer progressivement le monde hors des énergies fossiles.Leur responsabilité dans le réchauffement et la dégradation des écosystèmes n’est plus à démontrer, et la COP 30 devait être l’occasion d’acter de décisions fortes pour diminuer leur utilisation et accélérer le développement des énergies renouvelables. 

D’autres enjeux venaient compléter cette feuille de route :

  • Renforcer la finance climat avec des engagements de la part des pays industrialisés et une meilleure prise en compte des besoins des pays les plus vulnérables ;
  • Protéger l’Amazonie, symbole de cette COP organisée en plein coeur de la région ;
  • Lutter contre la désinformation climatique, qui nuit à la compréhension et l’acceptation des mesures environnementales.

La COP 30 espérait marquer un tournant, en passant du discours à la mise en place d’actions, témoignant de la prise de conscience de l’urgence climatique de la communauté internationale. 

Une feuille de route ambitieuse, pour une nécessité de prise de décision concrète

À l’issue de la COP 30, les États ont adopté le texte dit du Belém Political Package (souvent appelé « Mutirão global »), qui constitue le cadre officiel de l’accord final. 

Parmi ses mesures phares : un engagement à tripler les financements pour l’adaptation au changement climatique d’ici 2035 afin d’aider les pays les plus vulnérables à faire face aux impacts (événements extrêmes, montée des eaux, etc.). Le texte inclut aussi des appels à renforcer la coopération multilatérale, maintenir la mise en œuvre de l’Accord de Paris, et à soutenir la transition vers des économies bas-carbone et des sociétés résilientes au climat. 

Sur les questions de nature, forêts et terres, les avancées sont partielles : le sommet a vu le lancement d’un fonds pour les forêts tropicales, le Tropical Forests Forever Facility, qui a levé plusieurs milliards pour la conservation forestière.

Cependant, le texte final n’inclut pas de feuille de route contraignante pour mettre fin à la déforestation, ni de plan concret liant déforestation et sortie des énergies fossiles  ces deux volets ayant été mis de côté faute de consensus.

Enfin, dans le domaine des politiques transversales, la COP30 a franchi plusieurs étapes importantes : l’adoption d’un cadre élargi pour garantir l’intégrité de l’information climatique, la mise en place d’un plan d’action pour intégrer la justice de genre dans les politiques climatiques jusqu’en 2034, ainsi que la structuration d’une transition juste pour les travailleurs et les communautés affectés par la transition du système énergétique.

Des résultats déceptifs, reflétant l‘absence de prise de position forte

Dès la fermeture des travaux, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, n’a pas caché sa frustration : “les résultats obtenus ici sont loin de répondre à l’urgence.” 
Ces propos soulignent le principal point faible du texte : aucune stratégie de sortie des énergies fossiles n’a été adoptée. Une simple “réduction progressive” est évoquée, signifiant que les pays sont libres de faire ce qu’ils veulent. 

Côté finances, le verdict n’est guère plus encourageant. Alors que les pays vulnérables réclamaient un effort massif, les annonces ont surtout pris la forme de reformulations d’engagements déjà existants. Tout comme la sortie des énergies fossiles, sans mécanismes clairs ni montants garantis, l’enjeu de la finance climat reste une promesse suspendue.

Concernant la protection de l’Amazonie, aucune initiative structurante ni financement dédié n’a été formalisé pour stopper la déforestation.

Au final, si cette COP était attendue comme un moment de bascule, elle est surtout apparue comme la prise en compte de compromis minimaux.
Les faibles engagements adoptés à la COP 30 laissent le monde sans trajectoire claire pour réduire rapidement les émissions, ce qui rend l’objectif de 1,5 °C hors d’atteinte. L’absence d’accord sur la sortie des énergies fossiles entretient un statu quo qui permet aux États comme aux industriels de retarder les décisions structurelles nécessaires, augmentant ainsi le risque d’événements climatiques extrêmes plus fréquents et plus intenses.

Ces résultats limités fragilisent également la confiance dans la gouvernance climatique internationale. La COP 30, perçue comme une nouvelle occasion manquée, accentue la fatigue diplomatique : citoyens, ONG et pays vulnérables doutent de plus en plus de la capacité des COP à produire des mesures réellement contraignantes. Cette perte de crédibilité pourrait affaiblir la coopération internationale et encourager des stratégies nationales désalignées ou insuffisantes.

Les faibles avancées renforcent les inégalités climatiques. Les pays les plus exposés aux impacts souvent ceux ayant le moins contribué aux émissions voient leurs besoins d’adaptation partiellement reconnus mais insuffisamment financés à court terme. Cela accroît les risques humanitaires, économiques et sociaux pour des millions de personnes, tandis que les pays riches et les producteurs d’énergies fossiles échappent encore aux obligations les plus engageantes.

En fin de compte, la COP 30 confirme une fois de plus nos craintes : malgré l’urgence climatique et les signaux toujours plus alarmants, les décisions prises restent très en dessous des enjeux. Cette édition, présentée comme celle du sursaut, se révèle n’être qu’une nouvelle désillusion, où l’ambition politique s’efface derrière les compromis minimalistes. Le monde ne peut plus se permettre ces rendez-vous manqués.

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Emmylou ROSZAK
Emmylou ROSZAK
Senior Partner - Directrice de l'Offre Energies & Utilities

Dans un contexte de transformation énergétique et réglementaire, les acteurs du secteur font face à de nombreux bouleversements, l’occasion de réinventer les modèles du secteur. Nous accompagnons nos clients dans leurs transformations numériques et dans leurs problématiques métiers pour en faire des leviers de performance, tout en alignant innovation et réalité opérationnelle.

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Jean-Christophe Verckens
Senior Partner - Directeur de l'Offre Energies & Utilities

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Auteur Lisa RAMALHOSA
Lisa RAMALHOSA
Consultante
Auteur Marouane Turki
Marouane Turki
Consultant confirmé