Conformité bancaire et Intelligence Artificielle : une meilleure maîtrise ?

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01 octobre 2021
Banque

Dans un monde où le numérique et le digital prennent le dessus sur les façons d’agir et de penser, le secteur bancaire se voit bouleversé par le développement de l’intelligence artificielle. 

Dans un monde où le numérique et le digital prennent le dessus sur les façons d’agir et de penser, le secteur bancaire se voit bouleversé par le développement de l’intelligence artificielle. 

Pour illustrer cette révolution digitale et plus précisément, celle de l’intelligence artificielle au sein de notre société, Microsoft a publié, en juillet 2017, un article mettant en avant plusieurs chiffres. Selon eux, le marché de l’IA devrait atteindre environ 11 milliards de dollars en 2024 et représentera une augmentation de la productivité de plus de 40%. Des statistiques qui démontrent l’importance de cette technologie. 

Dans le secteur bancaire, l’une des fonctions impactées par l’IA est la Conformité, aussi appelée Compliance, qui est devenue l’un des piliers du secteur bancaire. La Conformité, qui découle des réglementations imposées par la loi Bâle II, puis Bâle III ainsi que par le Comité de la réglementation bancaire et financière, doit s’assurer du respect des règles établies au sein des établissements financiers. 

En effet, avec l’avancée technologique, les risques liés aux fraudes, aux respects des règles et des lois sont davantage pris au sérieux et doivent être contrôlés et maîtrisés afin d’éviter la non-conformité des banques. Au sein de cet environnement, pour pallier à ces évolutions technologiques qui engendre de nouveaux risques et de nouvelles formes de fraudes, l'IA va devenir un véritable appui à la  fonction conformité et permettra le renforcement des contrôles à travers différents niveaux : automatisation de tâches, analyse algorithmique et meilleure maîtrise des risques. Pour exemple, L’entreprise LexisNexis Risk Solutions, qui est le leader mondial de l’information essentielle propose sa plateforme nommée “Bridger Insight® XG” qui “permet de mener des opérations de vigilance, d’assurer la conformité avec les réglementations internationales et de réduire les risques de fraude.” Cette plateforme intuitive permet aux entreprises de mieux gérer leurs risques et de se conformer aux exigences et aux réglementations internationales.

Comment l’Intelligence Artificielle est-elle devenue une opportunité pour la Conformité ? Quels sont les impacts pour le futur de cette fonction ? 

La conformité, une fonction indispensable 

Depuis toujours, le secteur bancaire fait face à des risques qui évoluent dans le temps. N’étant plus considéré comme une fonction support mais comme un partenaire bancaire indispensable, la conformité traite des sujets sensibles contrôlés par des instituts mettant en place des réglementations et des textes pour une meilleure prévention et maîtrise des risques. Le marché bancaire étant en constante évolution, les textes réglementaires sont régulièrement revus et mis à jour. Les banques doivent suivre les évolutions et proposer des solutions afin de maîtriser les risques. Cependant, la prise en charge de ces réglementations est coûteuse et complexe. IBM a estimé que le coût des sanctions attribuées aux établissements financiers s’élevait à environ 200 milliards de dollars depuis 2009.

Outre les évolutions du marché, la révolution digitale vient impacter la fonction de la conformité qui se doit d’être encore plus vigilante. Face à cette transformation, les banques constatent l’apparition de nouvelles formes de risques et l’augmentation inconsidérée des volumes de données. Pour y remédier, elles font appel à de l’intelligence artificielle afin d’automatiser certaines tâches et alléger le travail des personnes en charge des analyses et des contrôles. C’est dans cette perspective d’amélioration de l’efficacité que l’IA entre en jeu.

L’intelligence artificielle au service de la Conformité

L’intelligence artificielle est un terme large qui comporte différentes facettes d’utilisation. Elle est devenue un atout pour les banques qui n’hésitent pas à mettre en place cette technologie afin d’établir une relation de confiance accrue avec les parties prenantes. De nos jours, la conformité bancaire n’exploite pas assez l’intelligence artificielle contrairement à d’autres secteurs d’activité tels que celui de l’automobile ou encore de la logistique. Cependant, les institutions en charge de la conformité sont conscientes de l’enjeu que représente l’intelligence artificielle en termes d’avantages et d’améliorations du service. 

L’automatisation des procédures

L’intelligence artificielle au service de la conformité permet d’assurer que le client soit en règle avec les différentes législations anti-corruption. En effet, le KYC (Know Your Customer) est un processus à suivre pour vérifier les identités de chaque partie prenante à une opération bancaire. Cette tâche répétitive, réalisée par une intervention humaine, peut-être, grâce à l’intelligence artificielle, automatisée et pourra donc faciliter le travail de la conformité. De plus, cette automatisation permettra de croiser plusieurs informations concernant les clients avec des sources d’informations externes afin d’en réduire les risques. 

La détection de fraudes

Détecter les fraudes devient de plus en plus difficile avec l’avancée technologique. L’intelligence artificielle est un atout dans la lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme. En effet, les algorithmes utilisés pour déterminer le risque de fraude peuvent être analysés par une intelligence artificielle. Cependant, la détection de fraude étant un sujet très important et complexe pour la conformité, elle nécessite néanmoins une vérification humaine plus poussée. L’intelligence artificielle intervient en vue de réduire le volume à traiter et affiner les précisions des analyses. Pour vous donner une idée, L'éditeur IDnow enregistre sur l’année 2020, une augmentation de 250% du nombre de tentatives de fraude en Europe dans son rapport “Cyber Security Report 2020”. Cette multiplication des risques de fraudes notamment liée à la crise du Covid-19, prouve l’importance d’anticiper et de gérer les risques. En réponse à cette crise, selon une étude récente de PWC, 38% des entreprises françaises s'appuient déjà sur l'intelligence artificielle pour lutter contre la fraude et 38% prévoient de mettre en place ce type de solution, 22% en 2021.

Mise en conformité au RGPD

Les textes de loi concernant le Règlement Général européen sur la Protection des Données (RGPD) et la collecte massive de données via l’intelligence artificielle semblent incompatibles et contradictoires. En effet, les banques et notamment la conformité traitent de nombreuses informations personnelles telles que l’identité, l’adresse IP, l’adresse postale etc.  Pour être conforme au RGPD, toutes les données considérées comme non nécessaires doivent être supprimées des bases de données. Pour cela, un travail manuel absorbe un grand nombre de ressources humaines car le travail d’analyse est très pointu face aux grands nombres de données récoltées. Dans ce cadre, l’intervention d’une intelligence artificielle permettra d’analyser et de gérer les données dites sensibles via une cartographie permettant de classer ces données. L’IA permet également une anonymisation automatique des données personnelles, l’interdiction de saisir des caractères prohibés et d’extraire des informations précises. Ces cas d’usages semblent alors correspondre aux attentes de la conformité face au RGPD.

L’intelligence artificielle peut donc être un réel avantage au service de la conformité pour les différentes institutions et banques. Son utilisation via la conformité n’est pas encore totalement exploitée à ce jour mais reste tout de même grandissante.

Les obstacles à l’utilisation de l’intelligence artificielle

Malgré l’utilité de l’intelligence artificielle pour les institutions financières et bancaires en matière de conformité, il existe certains obstacles qui conduisent à la réticence de la mise en place de cette technologie. 

L’architecture des systèmes d’information

La mise en place d’une intelligence artificielle au sein d’une banque ou d’une institution financière bouleverse les habitudes et les pratiques des analystes. En effet, cette mise en place apportera un changement significatif dans les pratiques du front office en charge de la fiabilité des informations et des données renseignées au sein de la SI car l’architecture actuelle des systèmes d’information exigée par l’intelligence artificielle est incompatible avec celles des institutions bancaires. 

Des nouvelles compétences requises

Pour implémenter une telle technologie, le recrutement d’un personnel compétent sera nécessaire. Les chargés de conformité devront être accompagnés de personnes capables de contrôler et de paramétrer les systèmes d’information tout en les mettant à jour face aux éventuelles nouvelles lois. 

Un cadre juridique complexe

La question de la responsabilité des automates reste ouverte. Le cadre juridique est assez flou sur la responsabilité en cas de fraudes non détectées de la part de l’intelligence artificielle. Les réponses tendent à placer l’utilisateur du logiciel en situation d’illégalité. 

Des obstacles qui peuvent pousser les banques à réfléchir à deux fois avant d’intégrer une solution IA au sein de la conformité. Car malgré l’ascension de cette technologie, son utilisation reste complexe et nécessite un savoir-faire qui pourra bouleverser les façons de faire actuelle.

L’intelligence artificielle est, finalement, une technologie pouvant pleinement correspondre à la fonction de conformité. Les pratiques et les différentes possibilités d’utilisation de cette technologie permettent un large choix de fonctionnalités au sein des banques. Cependant, les banques et la conformité doivent être prêt face au changement des habitudes que va amener cette technologie. Une conduite du changement maîtrisée sera nécessaire à l’intégration de l’IA au sein de la fonction. A ne pas prendre à la légère, une IA non maîtrisée pourra avoir de lourdes conséquences.

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Lorenzo BERTOLA
Lorenzo BERTOLA
Directeur du pôle Banque, Finance & Assurance

mc2i est devenu, au fil des années, l’un des acteurs majeurs de la transformation digitale dans le secteur bancaire et financier en accompagnant les établissements institutionnels, banques de détail, banques privées, sociétés de financement et d’investissement ainsi que les gestionnaires d’actifs.

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Ibrahim KAHRAMAN
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