Souveraineté numérique : un impératif stratégique pour DSI
La migration de la Plateforme des données de santé (PDS) vers un hébergement souverain marque un tournant pour la stratégie numérique en France. Face aux risques d’extraterritorialité et aux dépendances technologiques, les DSI doivent réévaluer leurs architectures Cloud.
Un signal fort pour la protection des données sensibles
Le transfert de la PDS vers un hébergement souverain ne relève pas d’un simple choix technique. C'est une réponse aux exigences croissantes de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) et du marché face aux risques d'extraterritorialité américaines, qui pourraient forcer les clouders américains à divulguer des données de santé à la demande de leur gouvernement.
Pour les acteurs publics et privés, cette orientation se traduit par l'adoption de standards de sécurité élevés. Le recours à des prestataires qualifiés SecNumCloud tend à devenir un indispensable pour assurer une étanchéité totale vis-à-vis des juridictions non européennes.
En effet, le SecNumCloud est le "label d'or" de la sécurité en France, il garantit que l'hébergeur est immunisé contre les lois extraterritoriales étrangères. C'est le coffre-fort le plus sûr de l’État.
L’affaire Snowden : un tournant décisif dans la prise de conscience européenne
En 2013, l’affaire Snowden révèle l'ampleur des programmes de surveillance de masse américains. Il devient alors public que des lois extraterritoriales permettent aux États-Unis de contraindre leurs géants du numérique à leur livrer les données privées de millions de citoyens et dirigeants étrangers. Ce séisme a agi comme un électrochoc législatif en Europe : il a transformé les débats sur la vie privée en une urgence politique, aboutissant en 2018 à la création du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), le cadre de protection des données le plus strict au monde.
Des dépendances technologiques aux conséquences économiques majeures
Au-delà de la protection des données, l’État et les entreprises font face à un risque de dépendance économique : l'instabilité géopolitique ou le revirement stratégique d’un fournisseur peuvent entraîner une explosion des coûts et une perte totale de maîtrise financière, mettant en péril la soutenabilité des clients.
Pour illustrer ce type de risque, prenons l’exemple du rachat de VMWare, leader des solutions de virtualisation, par la société Broadcom en novembre 2023, une des acquisitions les plus marquantes et controversées de l'histoire de la tech. Plus qu'une simple fusion, c'est un changement radical de modèle économique : abandon progressif des licences perpétuelles aux profit d’abonnements, simplification drastique du catalogue et regroupement des offres. Pour de nombreux clients, ces évolutions ont entraîné une hausse très significative des coûts, et, dans certains cas, l’obligation de souscrire à des fonctionnalités dont ils n’avaient pas besoin. Cet épisode a rappelé de manière très concrète qu’une dépendance forte à un fournisseur peut fragiliser, du jour au lendemain, l’équilibre économique et les marges de manœuvre d’une organisation.
Face à cette politique jugée agressive, de nombreuses organisations ont accéléré leurs recherches d’alternatives, dans un mouvement souvent qualifié de “VMware exit”. Des acteurs comme Nutanix, Microsoft (Hyper-V) ou encore des solutions Open Source telles que Proxmox ont ainsi bénéficié d’un regain d’intérêt et connaissent depuis une croissance sans précédent. Ce mouvement traduit une prise de conscience plus large : la maîtrise des dépendances technologiques est devenue un enjeu stratégique, au croisement de la résilience opérationnelle, de la soutenabilité économique et de la souveraineté numérique.
Dans ce contexte, les tensions économiques et politiques entre l’Europe et les États-Unis renforcent la nécessité, pour les acteurs publics comme privés, de limiter certaines dépendances technologiques critiques. Plus récemment, plusieurs décisions américaines visant des personnalités européennes, dont le juge Nicolas Guillou et l’ancien commissaire européen Thierry Breton, ont ravivé les inquiétudes liées à l’extraterritorialité du droit américain et à ses effets très concrets sur l’autonomie d’action des institutions européennes. Sans même préjuger de la portée durable de ces mesures, ces épisodes rappellent qu’une dépendance excessive à des infrastructures, services ou acteurs non européens peut rapidement devenir un sujet non seulement économique, mais aussi politique et stratégique.
Le rôle des DSI dans la souveraineté numérique
La souveraineté numérique, c’est garantir la capacité de l’État et des entreprises françaises à maîtriser leurs choix technologiques, leurs coûts et leurs dépendances vis-à-vis d’acteurs étrangers. Dans cette transition, les DSI jouent un rôle central : elles doivent définir une trajectoire numérique cohérente avec ces enjeux de maîtrise, de sécurité et de réversibilité.
Cette responsabilité ne se limite pas aux choix d’infrastructure. Elle concerne également les couches applicatives et les standards techniques : outils collaboratifs sécurisés, plateformes d’IA déployées dans des environnements maîtrisés, recours à des standards ouverts comme HL7 FHIR afin de limiter le verrouillage propriétaire et de préserver l’interopérabilité.
À ce titre, les DSI sont amenées à arbitrer entre plusieurs leviers complémentaires : le recours à des offres cloud offrant de fortes garanties de sécurité et de maîtrise juridique, notamment lorsqu’elles reposent sur des qualifications reconnues comme SecNumCloud ; le choix d’acteurs européens lorsque cela est pertinent ; et l’intégration de briques open source, auditables et réversibles, afin de réduire la dépendance à un éditeur unique. Le référentiel SecNumCloud est présenté par l’ANSSI comme un cadre de haut niveau sur les plans technique, opérationnel et juridique, incluant la protection contre les lois extraterritoriales.
La transition vers un numérique souverain n’est pas qu’une question de stockage, c’est une question de résilience. En cas de conflit géopolitique ou de panne majeure d’un acteur étranger, les choix d’infrastructure et de solutions applicatives doivent garantir que les systèmes les plus critiques puissent continuer de fonctionner. Au-delà du cas de la PDS, la circulaire du 5 février 2026 sur la commande publique numérique confirme cette dynamique en renforçant, dans les achats numériques de l’État, la prise en compte des enjeux de sécurité, de maîtrise des dépendances et de souveraineté.
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