Quels outils numériques pour gérer la crise de la COVID ?

graphiques analyse de données
16 novembre 2021
Santé

A l’image de l'ensemble du globe, la brutalité de la crise sanitaire de la Covid-19 a surpris la France qui a dû en urgence adapter son système de santé en s’appuyant sur les systèmes d’informations existants et en développant de nouveaux spécifiques à cette crise inédite.  

Revenons ensemble sur ces outils numériques mis en place lors de l’épidémie, et discutons de leurs limites.

Des fichiers mis en place dans le cadre de la stratégie du “Tester, alerter, protéger"

Tout d’abord, initialement développé suite aux attentats de 2015 afin de traiter un maximum de 8 000 dossiers par événement, le fichier SI-VIC (système d'information pour le suivi des victimes d'attentats et de situations sanitaires exceptionnelles) a très rapidement dû être ré-adapté afin de pouvoir permettre aux hôpitaux de pouvoir gérer les flux de patients atteints d’une forme grave de la Covid-19. 

Par ailleurs, dans le cadre de la stratégie “Tester, alerter, protéger" mise en avant par le Gouvernement, trois autres fichiers ont été créés afin de lutter contre les chaînes de contamination : 

  • Le fichier SI-DEP (système d'information national de suivi et de dépistage), disponible depuis juin 2020, est  issu d’un partenariat entre le Ministère des Solidarités et de la Santé, l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris,  Santé publique France et les laboratoires de biologie médicale. Il assure l’enregistrement des résultats des tests PCR et antigéniques, transmis par près de 600 laboratoires publics et privés sur l’ensemble du territoire. 
  • Le fichier Contact-COVID, disponible depuis le 13 mai 2020, a été développé et est géré par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM). Utilisé par l'ensemble des professionnels de santé, il permet d'identifier les personnes ayant été en contact direct avec un cas positif à la Covid-19. En effet, il permet de vérifier que chacun des cas contacts identifiés a bien été contacté, informé, testé et si besoin, pris en charge contribuant ainsi aux enquêtes sanitaires permettant les remontées des chaînes de contamination. 
  • Enfin, dans le cadre du lancement de la campagne de vaccination, le fichier Vaccin COVID, ou VAC-SI, a été mis en place par la CNAM le 4 janvier 2021.  Selon les différentes phases prévues par le Gouvernement, le fichier permet de tracer les étapes de la vaccination : consultation prévaccinale, double injection du vaccin et d’envoyer ainsi aux vaccinés un récapitulatif de leurs informations de vaccination.

Par ailleurs, il est également possible de déclarer de potentiels effets indésirables grâce au lien suivant : 

https://signalement.social-sante.gouv.fr/psig_ihm_utilisateurs/index.html#/accueil 

Avant d’aborder les limites de ces outils, il convient tout de même de souligner que le déploiement en urgence en lui-même de ces systèmes d’information est une réelle réussite compte tenu du contexte de mise en place.  En effet, le fichier SI-DEP a été, par exemple, développé et mis en place en moins d’un mois avec 90% des laboratoires raccordés lors du premier déconfinement.

Faut-il encore pouvoir les alimenter...

Mettre en place des fichiers n’est pas suffisant, faut-il encore pouvoir les alimenter.

En effet, les principaux acteurs concernés n’étaient pas préparés, notamment dans le secteur du médico-social, ou aucun outil ne permettait de centraliser et remonter les données sur la propagation de l’épidémie au sein de ces infrastructures. Cela explique le retard dans l’intégration des chiffres des décès en EHPAD par rapport à ceux survenus à l'hôpital. 

La remontée des données se faisait alors uniquement à l’aide de tableurs Excels alimentés manuellement par les membres du personnel des établissements dont ce n’était ni la compétence, ni la priorité à ce moment de l’épidémie. Si grâce à la mise en place d’un outil de signalement spécifique aux établissements de santé médico-sociaux (https://signalement.social-sante.gouv.fr) les choses s’améliorent progressivement, les remontées restent aujourd’hui néanmoins imparfaites. 

Par ailleurs, dans sa première version, SI-DEP n'offrait pas la possibilité d'identifier un patient se faisant tester à plusieurs reprises, pouvant amener à gonfler artificiellement le nombre de cas positifs.

D’autres problèmes de ce type sont arrivés, dans le cadre de la remontée des données de vaccination avant l’ouverture du téléservice Vaccin Covid, lorsqu’elles étaient remontées directement par les ARS, qui les recueillaient au sein des EHPAD et des centres de vaccination. 

L’absence initiale d'interconnexion 

En réalité, la limite principale de ces outils est le manque d'interopérabilité entre ces différents fichiers. (3)

Tout d'abord, ces fichiers ne sont pas connectés entre eux.  Dès lors, il n’existe aucun lien entre les données saisies dans SI-DEP (résultats des tests), dans Contact-COVID (suivi des cas contact) et dans Vaccin Covid (suivi de la vaccination), obligeant ainsi les professionnels concernés à effectuer une ressaisie manuelle.

Néanmoins, il est vrai que la situation s'améliore. Depuis le 20 avril 2021, les personnes ayant réalisé un test sont notifiées par sms ou mail lorsque leur résultat est inscrit dans SI-DEP. Concernant Vaccin Covid, depuis le 27 mai, chaque individu vacciné peut récupérer son attestation de vaccination sur le portail de l’Assurance Maladie.

Notons que ces évolutions se trouvaient être indispensables pour l’utilisation de la fonctionnalité "Carnet" de TousAntiCovid.

Le constat décevant du contact tracing

A l’image de nombreux autres pays, afin de remonter les chaînes de contamination, la France a décidé au cours de l’été 2020 de généraliser l’utilisation d’une application de contact tracing, StopCovid. Cependant le bilan de l’application, devenu TousAntiCovid  le 22 octobre suivant, est décevant. En comparaison avec les autres applications similaires, l’application n’est que trop peu utilisée et l’ensemble de ces applications se sont révélées n’avoir qu’un impact minime sur l’évolution de l’épidémie à contrario des systèmes plus intrusifs développés en Asie.

Permettre aux professionnels disponibles et volontaires de travailler en renfort 

Outre des outils de pilotage des cas recensés et de la campagne de vaccination, la France avait également besoin de renforts humains importants afin d’améliorer sa réponse à la montée en charge des services de réanimation. 

Dans ce contexte, après 2 mois de développement, le Ministère des Solidarités et de la Santé a ouvert la plateforme « RENFORT-RH CRISE» sur laquelle mc2i est intervenu. L’objectif de cet outil est identique à celui du site “renfort-covid.fr”  qu’il remplace :  permettre aux professionnels disponibles et volontaires de travailler en renfort face à la Covid-19 dans toute structure médicale ou médico-sociale ayant besoin de renfort humain lié à la crise sanitaire. 

Si la France a été contrainte de s’appuyer sur des outils numériques dédiés développés en un temps record afin de “contenir” l’épidémie, avec les limites qui en découlent, c’est tout simplement qu’elle n’y était pas préparée. En effet, l’ensemble du système de santé français repose sur des systèmes d’informations qui n’ont pas été développés pour un usage de gestion de crise sanitaire permettant d’exploiter des données de santé agrégées.

Cependant, les choses sont en bonne voie d’amélioration notamment grâce à la « Feuille de route du numérique en santé » présentée en avril 2019 et aux mesures du volet numérique de la loi Santé du 24 juillet 2019. 

A l'issue de cette crise sanitaire, le gouvernement souhaite se donner de réels moyens de réponse aux futures épidémies. En effet, le plan innovation santé 2030 prévoit l’investissement de 750 millions d’euros dans la stratégie d’accélération maladies infectieuses émergentes (MIE) et menaces NRBC (MN) et 650 millions d'euros dans la santé numérique.

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Isabelle DUBACQ
Isabelle DUBACQ
Directrice d’Unité, Directrice de l'Expertise Santé

Convaincu que le numérique peut aider les organisations et les Hommes à mieux gérer notre santé, mc2i a construit une solide expertise des problématiques rencontrées par les différents acteurs de l’écosystème santé et les accompagne sur le pilotage des systèmes de santé, les offres de soins, la sécurité sanitaire et la santé au travail.

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Vincent DOMEC
Consultant