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Fin de l’ARENH, quel bilan 9 mois après ?

Energie
22 octobre 2026

Le 31 décembre 2025, le dispositif de l’ARENH a pris fin, cédant la place au Versement Nucléaire Universel (VNU). Ce changement de paradigme réglementaire expose directement les directions financières et achats aux volatilités du marché de gros. Neuf mois après cette transition énergétique majeure, quel bilan tirer pour les grands comptes et comment piloter efficacement vos stratégies d'approvisionnement électrique ?

Introduit par la loi NOME de 2010 afin de favoriser l'ouverture du marché français de l'électricité conformément au cadre européen de libéralisation. Ce mécanisme imposait à EDF d'allouer une quote-part de sa production nucléaire historique (plafonnée à 100 TWh/an) aux fournisseurs alternatifs. Fixé à 42 €/MWh depuis juillet 2011, ce tarif a constitué une référence importante pour les stratégies d'approvisionnement des fournisseurs. Il a  contribué à limiter l'exposition des consommateurs aux fluctuations des marchés de gros européens.

Depuis le 1er janvier 2026, les acteurs économiques opèrent sous un nouveau paradigme de marché. Les fournisseurs sont désormais davantage exposés aux conditions du marché de gros, théoriquement encadrées par le Versement Nucléaire Universel (VNU). Ce dernier est un mécanisme de rétrocession étatique destiné à redistribuer une partie des revenus excédentaires du parc nucléaire historique d'EDF lorsque les prix dépassent certains seuils réglementaires, que nous détaillerons par la suite.

Quelques mois après son entrée en vigueur, cette transition soulève des enjeux stratégiques majeurs pour les directions financières et achats. Alors que la baisse conjoncturelle des cours de marché à court terme a limité les effets immédiats de la disparition de l'ARENH, la fin de cette visibilité budgétaire structurelle conduit les entreprises à revoir leurs stratégies d'approvisionnement et les modèles d'affaires des fournisseurs alternatifs. Quel est le bilan de cette transition réglementaire pour le tissu économique français ? Analyse des dynamiques de marché à l'œuvre.

Neuf mois après la disparition de l'ARENH et l'entrée en vigueur du nouveau cadre de régulation, quels sont les premiers effets observables pour les consommateurs et les entreprises ?

Le paradoxe des particuliers : une stabilité tarifaire qui masque une opportunité manquée pour le pouvoir d’achat

Pour le grand public, le passage au modèle post-ARENH au 1er janvier 2026 s’est fait sans heurts visibles. Lors de la révision des Tarifs Réglementés de Vente (TRV) au 1er février 2026, la CRE a proposé une évolution moyenne de -0,83 % TTC pour les consommateurs résidentiels concernés, confirmant une quasi-stabilité du Tarif Bleu d’EDF.
L’exécutif a vu dans cette stabilité la confirmation d’une transition maîtrisée. Pourtant, notre analyse des évolutions du marché conduit à un constat différent, car les conditions permettant une baisse des tarifs étaient réunies, sans que celle-ci ne se traduise dans les factures des consommateurs.

L'effet "amortisseur" d'une baisse historique des marchés de gros

Le basculement hors du régime ARENH est intervenu dans un contexte de baisse des prix de l’électricité. Après les tensions exceptionnelles observées lors de la crise énergétique de 2022-2023, les prix de gros de l’électricité ont retrouvé des niveaux nettement plus modérés en France et en Europe. Les données publiées par RTE montrent l’évolution des prix sur les marchés spot européens, avec des niveaux largement inférieurs aux pics observés pendant la crise énergétique. Cette normalisation s’est également traduite par une multiplication des épisodes de prix spot négatifs, notamment lors des périodes de forte production renouvelable et de faible demande. Bien que ces épisodes restent concentrés sur certaines heures, ils contribuent à tirer les prix moyens à la baisse.

En parallèle, la baisse des prix du gaz naturel et du pétrole sur les marchés européens a contribué à cette diminution des prix de l’électricité. Ces différents facteurs ont ainsi joué un rôle d’amortisseur, atténuant l’impact qu’aurait pu avoir la disparition des volumes ARENH proposés à 42 €/MWh.

Un mécanisme de protection (VNU) pour l'instant inopérant

Cette situation met également en lumière les limites initiales du nouveau dispositif de régulation. Le Versement Nucléaire Universel (VNU) a été conçu pour capter une partie des revenus nucléaires excédentaires d’EDF lorsque les prix de marché dépassent certains seuils, afin de financer une redistribution au bénéfice des consommateurs via la fiscalité électrique.
Or, les textes réglementaires ont fixé le premier palier de déclenchement du VNU à 78 € / MWh. Les niveaux de prix observés sur les marchés restant inférieurs aux seuils de déclenchement prévus par le dispositif, le taux de redistribution du VNU a été officiellement gelé à 0 € / MWh pour l'année 2026 par l'arrêté du 27 mars 2026.

Pour les entreprises : d'un tarif administré à une politique active de couverture du risque prix

L'ARENH offrait un point d'ancrage unique et administré. Sa disparition change la nature du risque : avec le VNU, les prix reflètent davantage les fondamentaux du marché (disponibilité nucléaire, prix du gaz, demande), ce qui accroît la volatilité des marchés forward (marché financier sur lequel un acheteur et un vendeur s'engagent à échanger un actif) : fixer tout son prix en un seul point temporel est désormais plus risqué qu'avant 2026. L'enjeu pour les directions financières n'est plus de subir un tarif, mais de piloter une exposition au risque.

Des instruments de couverture à combiner

Les fournisseurs structurent leurs offres autour de plusieurs briques : prix fixe garanti sur 1 à 3 ans (sécurité budgétaire maximale, aucun bénéfice en cas de baisse), prix indexé sur le marché de gros (potentiel d'économies, risque de hausse), achat par tranches qui lisse le risque dans le temps, ou formule hybride combinant fixe et indexé. L'achat par tranches n'est plus réservé aux grands comptes : une PME tertiaire qui consomme 2,5 GWh/an, avec 90 % de couverture répartie en trois clics annuels, a obtenu un prix moyen inférieur de 6 à 8 % au meilleur prix fixe disponible à la signature. Les courtiers résument la logique : pas de méthode universelle, couverture progressive, mix fixe/indexé et achats par tranches, calibrés selon la tolérance au risque et la trésorerie de chaque entreprise.

Une fenêtre de marché jugée favorable

Les prix à terme pour 2026-2027 s'établissant à des niveaux historiquement bas sur l'EPEX très loin des sommets de 2022, la période est idéale pour renégocier ses contrats. La recommandation actuelle consiste à sécuriser une partie de ses volumes sur 2 à 3 ans, tout en conservant une légère exposition au marché spot.

Pour les électro-intensifs, cette logique de sécurisation s'étend sur 10 à 15 ans grâce aux CAPN (Contrat d’Allocation de Production Nucléaire), qui est un mécanisme lancé début 2026 afin de succéder à l'ARENH permettant d’allouer des volumes d’électricité à des prix avantageux.

Conclusion

Neuf mois après la fin de l'ARENH, particuliers et entreprises partagent un même constat : la conjoncture a absorbé le choc, mais n'a rien résolu structurellement.

Pour les consommateurs, la quasi stabilité des tarifs réglementés tient moins à l'efficacité du nouveau dispositif qu'à un contexte de marché favorable. Le VNU, censé protéger les ménages en cas de flambée des prix, n'a pour l'instant jamais été activé : son premier seuil de déclenchement (78 €/MWh) n'a pas été atteint, et son taux de redistribution reste gelé à 0 €/MWh pour 2026. C'est un filet de sécurité qui n'a pas encore été mis à l'épreuve.

Pour les entreprises, le changement est plus profond : la sécurité budgétaire ne relève plus d'un tarif administré, mais d'une stratégie de couverture pilotée en interne. L'achat d'énergie s'impose désormais comme une véritable fonction financière, au même titre que l’achat de matière première.

Cette accalmie ne doit toutefois pas être confondue avec une stabilité durable. Trois signaux méritent une attention particulière dans les prochains mois : un potentiel retour des prix de marché au-dessus des seuils de déclenchement du VNU, la montée en puissance des volumes sous CAPN, et la trajectoire des prix forward 2027-2028.

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Emmylou ROSZAK
Emmylou ROSZAK
Senior Partner - Directrice de l'Offre Energies & Utilities

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Jean-Christophe Verckens
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Auteur Lou-Ann Guyomarch
Lou-Ann GUYOMARCH
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Auteur Philippe Simbsler
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