Décryptage des chocs énergétiques des suites des conflits géopolitiques
Dans un contexte de transition énergétique accélérée, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) oriente les choix stratégiques du secteur énergétique français. Sa troisième version, la PPE3, redéfinit les priorités entre les différentes filières. On peut alors s’interroger sur la mesure dans laquelle elle constitue un tournant stratégique en favorisant certaines énergies tout en fragilisant la place d’autres.
Hausse du prix de l’énergie : pétrole, GNL et électricité
La crise énergétique actuelle prend sa source dans le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole, soit environ 20 millions de barils par jour. Cette perturbation touche en priorité l’Asie, très dépendante des importations du Golfe, ainsi que l’Europe, exposée via ses importations de GNL (gaz naturel liquéfié).
Lundi 2 mars 2026, la compagnie qatarie QatarEnergy a annoncé l’arrêt partiel de sa production de GNL. Le Qatar, l’un des principaux producteurs mondiaux aux côtés des États-Unis, de l’Australie et de la Russie, partage avec l’Iran le plus grand réservoir de gaz naturel du monde. Cette décision a provoqué une hausse immédiate de 40 à 50 % des prix du gaz en Europe en quelques jours.
L’impact est double : d’un côté, une hausse des prix à la pompe liée au pétrole ; de l’autre, une augmentation des prix de l’électricité en Europe sous l’effet de la hausse du gaz. En effet, le prix du gaz fixe le prix de l’électricité via le mécanisme du merit order. Les centrales à gaz, flexibles et utilisées pour compléter la demande quand les renouvelables ou le nucléaire ne suffisent pas, deviennent la centrale marginale. Quand le prix du gaz augmente, le prix de l’électricité augmente aussi, car ce sont souvent les centrales à gaz qui fixent le prix du marché. Même si l’électricité provient du nucléaire ou des énergies renouvelables, le prix payé par les consommateurs suit celui du gaz.
La crise du détroit d’Ormuz, combinée à la flambée du GNL, entraîne une hausse des prix des carburants. Elle a aussi fait grimper le coût de l’électricité en Europe
La gestion de crise : le levier des réserves stratégiques
Face à l'escalade militaire en Iran amorcée le 24 février 2026, l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) a franchi un cap historique le 11 mars. Une libération coordonnée de 400 millions de barils issus des stocks de sécurité a été actée par les 32 pays membres.
Cette injection massive sur le marché vise à compenser l'arrêt de 90 % des exportations iraniennes et la paralysie du détroit d'Ormuz, stabilisant le Brent qui a atteint un pic à 125 $ le baril le 8 mars contre une moyenne stable de 78$ au 1er février 2026.
Pour le citoyen européen, cette intervention constitue le rempart ultime contre la rupture physique d'approvisionnement. Les États membres utilisent ces stocks, qui représentent au minimum 90 jours d'importations nettes, pour garantir que chaque station-service reste alimentée. Cette "assurance énergie" permet de briser la psychologie de pénurie qui, début mars, commençait à générer des files d'attente.
Elle offre un répit crucial en assurant la disponibilité du carburant malgré une hausse de 30 % des prix à la pompe observée en seulement deux semaines.
Au-delà de l’aspect logistique, le déblocage des réserves est un signal politique puissant envoyé aux marchés financiers. Le baril a connu une détente relative de 12 % dès l'annonce de l'AIE, prouvant l'efficacité du mécanisme contre la spéculation agressive.
En démontrant une solidarité internationale, les pays de l'OCDE protègent les industries lourdes dont les coûts de production ont bondi de 45 % depuis le début de l'offensive.
Ce mécanisme englobe également les produits raffinés (principalement l'essence, le gazole et le kérosène) pour éviter un emballement inflationniste. L'objectif est de lisser les prix pour empêcher l'économie de basculer dans une récession, alors que les prévisions de croissance pour la zone euro ont déjà été révisées à la baisse de 0,8 point pour l'année 2026. Cette stratégie coordonnée est la clé pour maintenir la confiance des investisseurs alors que l'incertitude géopolitique atteint des sommets.
Au-delà de l'énergie : un détroit sous haute tension
Le détroit d'Ormuz n'est pas qu'une simple artère pétrolière, c'est le révélateur des fragilités de notre souveraineté énergétique globale. Alors que 20 % de la consommation mondiale de Gaz Naturel Liquéfié y transite, les coûts d'assurance maritime ont été multipliés par 5 en trois semaines. Le déroutement des navires par le Cap de Bonne-Espérance ajoute 10 à 15 jours de trajet, désorganisant l'approvisionnement en gaz des centrales thermiques.
Cette crise démontre que la vulnérabilité d'Ormuz est une onde de choc systémique : avec une baisse de 70 % du trafic marchand dans la zone, c'est l'indépendance de la France qui est mise à l'épreuve. Face à l'envolée des prix de l'électricité due au coût du gaz importé, la sécurisation de nos sources d'énergie et l'accélération de la transition deviennent des impératifs vitaux. En ce printemps 2026, la défense de notre souveraineté énergétique ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais dans la capacité de notre mix national à résister aux ruptures des grandes routes maritimes mondiales.
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