Green Tech : Enjeux et leviers de la décarbonation en France
En alliant transition numérique et transition écologique, la France vise à construire un modèle de croissance plus durable. Cependant, la question se pose : Est-ce que la France est réellement prête pour faire face au grand défi de la décarbonation ?
La Green Tech, nouvel horizon de la décarbonation
Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 impose aux entreprises une transformation profonde de leur modèle de croissance. Entre les ambitions de la SNBC et la réalité du terrain, la Green Tech émerge comme un levier stratégique pour concilier transition numérique et performance durable. Pour les directions métiers et DSI, l'enjeu dépasse l'innovation : il s'agit d'industrialiser les solutions bas-carbone et de piloter un numérique responsable capable de répondre aux exigences climatiques actuelles.
Un écosystème Green Tech français en pleine expansion
La France dispose aujourd’hui d’un écosystème Green Tech dynamique et en pleine croissance alliant innovation technologique et transition écologique. De plus en plus d’entreprises Green Tech voient le jour. Selon l’étude “Les greentech françaises” de Bpi France publiée en avril 2024, la France compte 2750 green tech françaises à fin 2023, un chiffre qui ne fait que croître. Ces entreprises et startups sont présentes dans plusieurs secteurs d’activités: de la protection des écosystèmes et transition environnementale à la décarbonation de l’industrie et de l’énergie et même dans les secteurs de l’agriculture et de la santé pour en citer quelques-uns.
Par ailleurs, la France a mis en place plusieurs programmes publics comme “France 2030”, un plan d’investissement de 54 milliards d’euros dont l’un des objectifs phares est la décarbonation de l’industrie afin de baisser les émissions de gaz à effet de serre (de 35% d’ici 2030). L’ambition de la France pour affronter le défi de décarbonation est clairement visible à travers ce plan d’investissement qui consacre 50% de son enveloppe à la décarbonation de l’économie. On compte également la “Stratégie nationale bas-Carbone”, une feuille de route visant à orienter la transition des secteurs d’activités vers une économie bas-carbone et qui a pour ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Les technologies au cœur de la décarbonation
La transition vers une économie bas-carbone est appuyée par une panoplie de nouvelles technologies visant à transformer les modèles énergétiques, industriels et numériques. Parmi les différentes technologies, on peut citer le développement de l’hydrogène bas-carbone comme une avancée dans le secteur de l’énergie. Dans l’industrie, on note l’émergence d’avancées technologiques permettant le captage, le stockage et la valorisation du CO2 (CCUS - Carbon Capture Use and Storage). Enfin, le secteur du numérique y contribue via la mise en place d’architectures logicielles sobres conçues de manière éco-responsable permettant de réduire l’impact environnemental des services numériques tout en améliorant leur performance et durabilité.
Les obstacles persistants et les défis à relever
Bien que les avancées technologiques apportent une dynamique forte pour faire face au défi de décarbonation, la France fait face à plusieurs obstacles structurels qui peuvent freiner ses ambitions de décarbonation.
Premièrement, la France reste en retard sur sa trajectoire climatique. Selon le rapport annuel du Haut Conseil pour le Climat « Relancer l’action climatique face à l’aggravation des impacts et à l’affaiblissement du pilotage » publié en juillet 2025, bien que la baisse d’émissions de gaz à effet de serre observée en 2023 soit compatible avec la trajectoire, cet élan s’est enrayé en 2024 : “L’estimation provisoire de la réduction des émissions en 2024 n’est pas compatible avec la trajectoire nécessaire à l’horizon 2030, ni celle prévue par la SNBC 2, encore moins celle proposée dans le projet de SNBC 3 – en particulier pour les secteurs des transports et des bâtiments.”.
Un second enjeu concerne la difficulté d’industrialisation à grande échelle des green tech car de nombreuses innovations sont toujours dans la phase de prototype ou démonstration, par manque d’investissement, et ne sont pas assez matures pour une production à grande échelle. En 2024, les startups green tech françaises ont connu une baisse de 20% des levées de fonds (2,2 Mds €).
Un autre risque à ne pas négliger est l’effet rebond du numérique. Le gain apporté par les nouvelles technologies et green techs peut rapidement se voir atténué si les usages ne sont pas également questionnés et continuent d’augmenter. En effet, selon une étude conjointe de l’ADEME (Agence de la transition écologique) et ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) mise à jour en janvier 2025, si rien n’est fait pour réduire l’empreinte environnementale du numérique et que les usages continuent de progresser au même rythme actuel, l’empreinte carbone du numérique de la France augmenterait de 45% à horizon 2030 et pourrait tripler à l'horizon 2050 (par rapport à 2020).
Les leviers indispensables pour faire face au défi de la décarbonation
Afin d’accélérer la contribution des green tech à la décarbonation de l’économie française, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. Premièrement, il faut continuer de renforcer les investissements et les financements publics et privés des green tech afin de permettre à une grande partie de dépasser le stade de prototype à un stade d’industrialisation à grande échelle.
La formation et la montée en compétences de profils spécialisés dans l’ingénierie bas-carbone, éco-conception matérielle et logicielle, … jouent également un rôle majeur dans la concrétisation des objectifs de décarbonation comme mentionné dans le diagnostic “France 2030 - Impact de la décarbonation sur les compétences et métiers d’avenir” publié en 2023.
L’enjeu de décarbonation dépendra également du questionnement des usages et de l’adoption concrète de pratiques plus sobres et vertueuses. Le numérique responsable constitue un levier d’action important en alliant éco-conception des produits et services numériques, rallongement des durées de vie des équipements (représentant plus de 50% de l’empreinte carbone du numérique) ainsi que des infrastructures favorisant l’efficacité énergétique.
Conclusion : une France prête sur le papier, mais encore en transition
La France a posé les fondations d’une stratégie de décarbonation ambitieuse : un écosystème Green Tech dynamique et en pleine expansion, des technologies et innovations prometteuses, une volonté politique claire illustrée par des programmes et plans d’investissements structurés.
Cependant, plusieurs obstacles et défis restent à surmonter dans cette course vers la décarbonation. En effet, le déploiement à grande échelle reste graduel et fragmenté. La Green Tech française devra être accompagnée par un changement de pratiques encourageant une vraie sobriété énergétique ainsi que des investissements majeurs pour une meilleure efficacité.
La Green Tech française est prête à relever le défi, encore faut-il que la société, les acteurs publics et privés s’alignent autour d’une ambition commune : une transition numérique et écologique réellement soutenable.
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